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Abidjan: épreuve de solidarité à Boribana, à l’horizon du 4e pont

ReportagePublié le 20-11-2018 18h59

Sous les toits, ce sont près de 70 ans d’une vie communautaire qui s’envoleront bientôt. Photo DR

Abidjan. Sous un soleil de plus en plus brûlant, un début d’après-midi de novembre, l’appel du muezzin ne semble plus avoir la même candeur pour Mme Ouattara, une habitante de Boribana, l’un des quartiers de la commune d’Attecoubé donnant sur la lagune Ebrié. Mère d’une dizaine d’enfants, secrétaire de l’association des femmes du quartier, elle a aussi à sa charge 5 autres gosses issus de sa coépouse, avant la mort de leur mari. «Depuis que nous avons été informés de cette affaire, je n’arrive plus à dormir», confie-t-elle à une séance de discussion où nous l’avons rencontrée. L’histoire dont parle cette quinquagénaire, c’est la phase d’exécution du projet de construction d’un pont entre Yopougon, au Sud, et le Plateau, au Nord de la baie du Banco. L’ouvrage dont les travaux ont été officiellement lancés fin juillet 2018 est devenu un sujet prioritaire dans la chaine des grandes infrastructures prévues au Projet de transport urbain d’Abidjan (PTUA) en d’améliorer la mobilité dans le District. L’idée de raser Boribana, du moins une partie impactée par l’emprise du pont, est donc irréversible. Près de 600 constructions seront détruites pour le projet. Des façades de maisons gardent encore les signes à la peinture rouge issus du marquage. Vers la fin d’une époque Sous les toitures aux couleurs pourpres en raison de longues années et les murs défraichis, ce sont près de 70 ans d’une vie communautaire qui s’envoleront bientôt. Pour les habitants, il faut sauver le capital historique que renferme la colonisation de cet espace. C’est depuis 1946 que les premiers acquéreurs de terrain sur cette façade lagunaire s’y sont installés, apprend-on. «Toute cette zone n’était que de l’eau. Il a fallu remblayer à la main et à la force des jambes. Nos prédécesseurs ont fait reculer la lagune et rendu ce site habitable», témoigne celui qui a rang de chef de village, Tra Bi Germain. Il dit être arrivé à Boribana depuis 1967. Rester unis à tout prix Partir de Boribana est une perspective très triste que les populations tentent de tourner à leur avantage en jouant sur la carte de la solidarité. La communauté de destin fait oublier les différences. «Il n’y a pas de critères, ni d’origine ni de nationalité, ici. On est ensemble. Nous sommes des frères», souligne le chef. Une bonne colonie de ressortissants de pays d’Afrique de l’Ouest vit à Boribana. Maliens, Burkinabé, Nigériens, Guinéens et autres forment une frange totalement intégrée à la communauté. Environ 25%du total des habitants. Même s’ils ne sont pas majoritaires, ils ont une empreinte bien visible dans le quartier. «Si nous devions partir, nous avons exigé d’être recasés sur le même site. Cela atténuera la douleur de la déportation», explique Modibo Keita, président du collectif local des personnes impactées par le futur pont. L’une des voies empruntées par la population pour rester soudés face à l’épreuve d’une dislocation réside dans des rencontres quotidiennes au bureau du comité de gestion. Une sorte de catharsis pour consolider les liens étroits entre près de 13 mille personnes qui habitent le quartier rester forts malgré un horizon peu reluisant. «Les réunions sont fréquentes dans mon bureau. Certains viennent s’informer, d’autres pour se plaindre. Nous recevons tout le monde. C’est la famille en quelque sorte», poursuit M. Keita. Une population au bord du dénuement Le déguerpissement est imminent et avant même sa phase active, les retombées négatives se font déjà sentir au sein de la population. Des locataires ont commencé à quitter les lieux, créant un vide progressif et préjudiciable aux propriétaires d’habitations. «Ce ne sont ni des militaires, ni des fonctionnaires à la retraite. Ils tirent leurs revenus principalement des allocations payées par ceux qui louent les maisons. Depuis que le PTUA a lancé l’indemnisation des locataires, certains sont partis aussitôt, parfois sans payer le loyer», révèle M. Modibo. Dans la cour du chef, plusieurs locataires ont déjà quitté les lieux. Même le petit commerce des femmes s’en trouve affecté car les acheteurs sont de moins en moins nombreux. Doute et ras-le-bol d’une communauté A la précarité de logement, s’ajoute désormais une baisse des ressources financières qui frappe des propriétaires de construction, en majorité du troisième âge, et qui disent attendre de l’Etat pas plus que le respect de la parole donnée, surtout que rien de ce qu’ils attendent en termes de compensation n’a connu un début de réalisation. «Ils ont promis qu’ils allaient nous trouver des espaces pour nous reloger. Mais après des années d’attente, nous ne voyons toujours rien. Nous sommes continuellement troublés car nous ne voulons pas partir les mains vides», dit le chef pour qui toute allusion de bras de fer avec le gouvernement sur le projet est à proscrire. Le projet a pourtant prévu un chapitre pour le dédommagement des populations touchées. M. Issa Ouattara, coordonateur du PTUA, a expliqué à Acturoutes que des grilles ont été établies pour les montants à reverser à chacun, selon que le concerné est propriétaire ou simple locataire. Au total, 30 milliards de FCFA sont prévus pour indemniser les populations impactées. 3000 emplois en vue, les jeunes aux aguets En attendant le début des travaux, les jeunes en quête d’emploi s’organisent aussi pour tirer le minimum d’Intérêt qu’offrira le chantier. «Il est dit que 3000 emplois seront créés. L’idée est de recruter prioritairement les jeunes de Boribana impactés par le projet. Nous avons commencé à collecter des CV», explique Irié Bi Severin, membre de l’association des jeunes. En dehors de Boribana, d’autres quartiers seront déguerpis notamment à Yopougon et à Adjamé pour le même pont. Le nom Boribana, tiré de l’expression «fin de course» en langue malinké, avait été donné au quartier pour rire du sort des voleurs et autres voyous qui bifurquaient par là, en vue d’échapper à leurs poursuivants. Aujourd’hui, sans grandes ressources tant financières que physiques, les premiers résidents du quartier supportent mal que cette idée de voie sans issue s’applique désormais à eux aussi. Célestin KOUADIO c.kouadio@acturoutes.info

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