Direct Trafic | Le trafic routier en Direct
fermer réduire agrandir

Le Signal

  • France: trois morts dans un accident d'avion privé dimanche
  • Iran: un avion s'est écrasé ce dimanche et a fait 66 morts
  • France: mort "accidentelle" d'un voyageur dans le métro de Paris
  • Bloléquin: un conducteur de moto taxi abattu, des biens détruits, samedi
  • Mexique: accident d'un hélicoptère transportant un ministre, 13 morts
  • Autoroute du nord: 5 personnes tuées dans un accident ce jeudi
  • Libye: au moins 23 migrants tués dans un accident ce mercredi
  • France: décès d'une SDF dans une rue de Paris
  • Ukraine: expulsion d'un opposant vers la Pologne
  • Autriche: collision entre deux trains, au moins un mort

Ahmed A. Traoré: "Il faut un plan Marshall dans le domaine du transport"

InterviewPublié le 14-11-2015 12h44

Chaque ville ivioirienne doit avoir un plan de développement routier.

 

 Ahmed Adaman Traoré, assistant de recherches et d’enseignement à l’Université de Montréal (Canada), parle ici du transport et du tourisme Côte d’Ivoire et au canada. Pailleurs, président du Club Ivoirien Nouveau (Club IN), il indique des pistes pour une meilleure insertion des jeunes Ivoiriens dans le secteur du transport notamment

Vous êtes président du Club IN (Club Ivoirien Nouveau). Quels sont les rayons d’actions de cette association? Le tourisme, le transport, l’environnement font-ils partie de vos domaines de prédilection ?   

Notre association existe depuis mai 2013 sur les réseaux sociaux et officiellement depuis février 2015. Notre objectif global est de contribuer au développement de la Côte d’Ivoire par la promotion du changement positif et significatif des mentalités.

C’est ce changement de mentalité qui pourra soutenir la croissance économique de notre pays afin qu’on accède au stade de pays développé. Donc c’est tout un chantier.

Notre champ d’actions touche tous les aspects de la vie économique et sociale. Alors Oui, le tourisme, le transport, les enjeux environnementaux sont des questions importantes pour lesquelles nous proposerons des approches innovantes, simples et efficaces.

Vous êtes Ivoirien, vous résidez au Canada où vous travaillez depuis plusieurs années. C’est vrai que comparaison n’est pas raison. Mais comment vous voyez la différence dans le secteur du transport au Canada et en Côte d’Ivoire ?

Ces deux pays sont très différents dans leur approche du secteur des transports. En Côte d’Ivoire, certains types de transport sont privilégiés par rapport à d’autres ; alors qu’au Canada toutes les catégories de transport sont explorées, développées et encouragées.

Il s’agit du transport aérien, terrestre, ferroviaire, maritime et fluvial. S’il est vrai que les autorités ivoiriennes ont mis en place des règles pour réguler ce secteur, toute la question réside dans la rigueur et l’application des règles.

A ce niveau la différence est flagrante. En Côte d’Ivoire, [tout le monde transporte tout le monde et n’importe comment]. Alors les différences entre la Côte d’Ivoire et le Canada, sans entrer dans les détails techniques, seraient au niveau des acteurs et de leur niveau de responsabilité, du niveau de sécurité perçu et réel dans les moyens de transport, et enfin du niveau de développement de certains secteurs par rapport à d’autres.

Le Canada est entouré par plusieurs océans et s'étend sur une superficie de 10 millions de km2.  Il possède aussi plus de 31 000 lacs. Dans un tel cas, comment se présentent les moyens de transport (Terre, Mer, Air) ?

Le transport terrestre est desservi par plusieurs compagnies qui assurent des liaisons entre toutes les villes et toutes les provinces. Ensuite, chaque grande ville possède un système de transport en commun qui allie à la fois disponibilité des bus (fréquence régulière) et qualité du service (courtoisie, ponctualité). Imaginez que chaque 30 minutes, il y a un car qui quitte un bout du Canada pour un autre. Le taux d’accident des compagnies de transport terrestre est pratiquement nul.

Le transport maritime est l’une des voies les plus performantes du Canada. Le pays compte environ 138 ports disséminés sur tout le territoire. On y trouve des ports pour des opérations de pêche, des opérations de marine marchande et des croisières. Vous pouvez donc découvrir toute la richesse aquatique de ce beau pays.

La performance du transport aérien n’est plus à démontrer. Il suffit de descendre dans chaque aéroport pour vous rendre compte du nombre de personne qui empruntent les avions et qui ont confiance à type de transport.

A ce titre, le pays dispose d’aéroports de standing international où toutes les grandes compagnies posent leurs avions et de petits aéroports qui servent surtout au transport intérieur. Car il y a des régions reculées au Canada qui ne sont accessibles que par les airs. Une grande importance est donc accordée à ce secteur. En plus, il y a le niveau de sécurité qui rassure.

En clair, le citoyen est au cœur du système de transport, au-delà des objectifs financiers de rentabilité. La fluidité, la sécurité et la disponibilité des moyens de transport font de ce secteur, un pan important de l’économie canadienne.

La Côte d’Ivoire aspire à être émergeante dans les cinq années à venir. Que devrait faire l’Etat ivoirien pour être au diapason des pays comme le Canada, en termes d’infrastructure et de politique routière.

Il faut se doter avant tout d’une vision stratégique du secteur des transports qui tient compte du potentiel disponible en matière de transport et surtout des besoins présents et futurs de la population. Je n’en ai pas parlé avant, mais sachez par exemple que le système de transport souterrain qu’on appelle le métro, existe depuis le début des années 1950 au Canada.

Les dirigeants de ce pays ont estimé que le nombre de personnes vivant dans les grandes métropoles devrait atteindre un niveau tel qu’il serait impossible de les transporter par les bus et les voitures personnelles. C’est ce niveau de planification et d’anticipation qu’il faudrait envisager chez nous.

Les autorités ivoiriennes doivent alors continuer et renforcer les infrastructures en matière de transport routier. Ce qui signifie qu’il faut penser à relier toutes les villes de Côte d’Ivoire non pas seulement par des routes, mais davantage par des autoroutes. La Côte d’Ivoire gagnera en fluidité et en sécurité.

Il faut pouvoir, en outre, entretenir les routes existantes. Il ne sert à rien de construire des routes et ne pas pouvoir les entretenir en les laissant se dégrader, et perdre par conséquent plusieurs milliards qui ont servi d’investissement.

Chaque ville de Côte d’Ivoire doit avoir un plan de développement routier qui sera piloté et mis en œuvre par les maires et les conseils régionaux. Avec la possibilité de recourir au financement public et privé pour améliorer le transport quotidien de leurs concitoyens.

Par ailleurs, un autre élément important, c’est de faire prendre conscience aux acteurs que le transport ne doit pas être juste un moyen de gagner sa vie, mais aussi que la sécurité, le confort et la satisfaction des usagers doivent être au cœur des préoccupations. C’est un véritable plan Marshall qu’il faut pour la Côte d’Ivoire.

Au niveau de la jeunesse, que peut-on faire pour appeler à un comportement nouveau de l’Ivoirien dans le secteur du transport, qui comme vous le savez, est gangréné par de multiples problèmes ?

Avant de parler aux jeunes, il faut d’abord interpeller les acteurs en amont: l’État et les propriétaires des véhicules de transport. L’État doit arrêter de gérer au coup par coup. Il faut se projeter dans la Côte d’Ivoire de 2050 pour anticiper sur les infrastructures et veiller à ce que les ouvrages actuels soient réalisés selon les normes internationales.

Il faut aussi actualiser les textes régissant le secteur pour les rendre conformes aux standards internationaux. Et punir sévèrement les acteurs qui ne respectent pas les règles. Il faut explorer tout le potentiel des transports en Côte d’Ivoire et former qualitativement les jeunes aux métiers du transport.

Aux propriétaires de véhicules de transport (car, gbaka, taxi, pinasse, etc.), il faut qu’ils jouent pleinement leur rôle et en ne se limitant pas uniquement aux seuls profits. Ils doivent penser à former de façon régulière leurs employés.

C’est une profession à part entière et donc les compétences et les employés doivent constamment être bien formés. Ce serait l’occasion de mettre en place des cartes de compétence qui exigent un nombre d’heures minimum par an de formation pour tous ceux qui veulent opérer dans ce secteur.

Il y a aussi la question du renouvellement des véhicules (car, bus, pinasse, etc.) Il y a beaucoup à faire et ce n’est qu’avec la volonté et l’engagement de tous que nous y arriverons.

Les jeunes, le plus souvent, chauffeurs et apprentis doivent comprendre que vouloir faire carrière dans le transport en général et dans le transport routier en partiulier, exige un comportement citoyen orienté non pas uniquement vers le gain facile, mais plus vers la qualité du service. Nos jeunes chauffeurs doivent accepter de se former correctement au code de la route.

Il faut arrêter de vouloir obtenir le Permis de conduire par des voies détournées sans prendre le temps de comprendre toutes les obligations. Ensuite, une fois dans la profession, il faut veiller au respect effectif du code de la route et adopter un comportement exemplaire à tout moment. L'Ivoirien nouveau doit se manifester à tout moment et partout.

C’est un état d’esprit qui veut que le comportement de chacun soit conforme aux lois et au bien-être des autres. L’Ivoirien nouveau qui devient chauffeur doit respecter ses clients et chercher à améliorer ses services. C’est seulement à ce prix que chacun contribuera à faire de la Côte d’Ivoire ce havre de paix et de quiétude.

Parlons de tourisme. Le Canada est un pays connu pour sa politique d'immigration. C’est la 2e destination  au monde, derrière les États-Unis, avec en moyenne 250 000 immigrants, chaque année. A l’inverse, les Canadiens voyagent-t-ils? 

Les Canadiens voyagent énormément. Ils partent tant à l’étranger qu’à l’intérieur de leur pays. Ils voyagent pour faire du tourisme, mais surtout pour travailler.

En France par exemple, quand on parle de symbole, au niveau du tourisme, on cite la Tour Eiffel, le musée du Louvre etc. ?  Qu’en est-il du Canada ?

Tout est à voir dans ce beau pays. Vous avez 12 provinces et territoires. Chacune des provinces propose une gamme variée de lieux à visiter. Pour vous donner une idée, à Montréal, une ville de la province du Québec, rien que le centre-ville est un joyau architectural.

Des bâtiments centenaires ont été construits avec un style toujours contemporain. Vous avez la visite sur le Saint-Laurent, le musée des sciences, le fabuleux jardin botanique, des dizaines de parcs urbains pour la détente familiale et les festivals tout au long de l’année. C’est une ville où l’on ne s’ennuie pas.

La Côte d’Ivoire envisage de faire du tourisme une potentielle valeur ajoutée pour son économie. Pour la nouvelle Côte d’Ivoire qui se dessine, quelles initiatives devraient prendre les jeunes pour booster le secteur ?

Il faut que les jeunes apprennent à connaitre d’abord leur pays et à l’aimer. Quand j’étais plus jeune, je pratiquais à fond le scoutisme. J’ai donc parcouru toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Nous dormions dans les villages. J’ai appris à connaitre toute la diversité culturelle de notre beau pays, ainsi que les plats succulents, les danses initiatiques, les vêtements, etc.

Cela a renforcé ma connaissance du pays et mon amour profond pour la patrie. Alors, une piste serait que les jeunes se réunissent par région pour identifier tous les endroits qui pourraient constituer des curiosités pour les nationaux et pour les étrangers.

Le tourisme local doit être développé en Côte d’Ivoire, car pour l’instant il est inexistant. Il faut pouvoir réaliser des vidéos promotionnelles avec l’aide des autorités locales et,  pourquoi pas, créer des sites web. Ensuite, vendre ces destinations à des agences de voyages, des hôtels, des ambassades, etc.

Tout cela demande, bien sûr, la mise sur pied d’une organisation formelle et structurée. Le ministère du Tourisme pourrait réaliser des projets pilotes pour intéresser les jeunes. On pourrait alors avoir un circuit touristique excitant qui part du Sud au Nord en passant par le Centre, l’Est et l’Ouest.

Par ailleurs, les écoles dans les régions devraient développer des programmes de visites de sites touristiques ou culturels. Pour en revenir au Canada, chaque mois les écoles organisent des sorties culturelles.

Ce genre d’activité contribue à ouvrir l’esprit des enfants et les prépare à aimer l’activité touristique. Je reste convaincu que le potentiel touristique de la Côte d’Ivoire pourrait résorber une bonne partie du problème de l’emploi jeunes et surtout permettre que les jeunes ne soient pas tous obligés de venir à Abidjan.

A la veille du COP 21 qui va se dérouler à Paris, quel regard pourrait-on jeter sur la politique environnementale et climatologique du Canada ?

La question environnementale est au cœur des préoccupations du gouvernement canadien. Voyez-vous l’économie canadienne est tributaire de l’exploitation du pétrole. Cette ressource est souvent produite au détriment de l’environnement. C’est le cas des sables bitumineux de l’Alberta. Il y aussi la grande industrialisation qui conduit immanquablement à l’émission de gaz de tout genre néfaste à la couche d’ozone.

C’est vous dire combien, les questions environnementales et climatologiques représentent un enjeu pour le Canada.

Mais il faut dire que le gouvernement canadien est encore loin des objectifs en matière de préservation de l’environnement. Alors, le COP 21 sera une occasion d’interpeller les états les plus pollueurs comme le Canada, les USA ou encore la Chine. On espère qu’avec l’avènement du gouvernement Trudeau, des avancées seront faites dans ce domaine.

La Côte d’Ivoire, un peu comme le Canada, dispose d’un important réseau fluvial où s’entremêlent notamment lagunes, fleuves et mer. Comment l’association que vous avez envisage-t-elle l’insertion de l’Ivoirien nouveau dans ce secteur qui reste quasiment inexploité ?

Il serait prétentieux de dire que nous allons insérer des jeunes dans le secteur du transport fluvial et lagunaire. Toutefois, notre contribution pourrait se situer à deux niveaux. Le premier serait d’interpeller l’État sur la nécessité de développer ce moyen de transport, avec à la clé plusieurs avantages. L’une des difficultés majeures des paysans ivoiriens, c’est le transport de leurs productions vers les grands ports d’exportation.

La route est difficilement accessible dans plusieurs zones où nous avons des fleuves. C’est le cas de l’Ouest de la Côte d’Ivoire (…). Les autorités pourraient agrandir ces fleuves pour les rendre navigables à des bateaux de tailles raisonnables. Ce serait une façon intelligente de régler ce problème une fois pour toute.

On aurait moins de gros camions sur nos routes et les produits d’exportation pourraient arriver au Sud sans grande difficulté. Il faut voir loin et grand. Le deuxième niveau serait du côté des opérateurs économiques qui pourraint prendre en main cette initiative.

Ce sera comme le transport ferroviaire, toute marchandise qui emprunterait ce chemin serait taxée. Il n’y a aucun risque d’embouteillage, encore moins celui des coupeurs de route. C’est une piste intéressante qui mérite d’être approfondie. Toutes les voies doivent être explorées pour créer de l’emploi stable et solide.

Interview réalisée par
Marcel APPENA
a.marcel@acturoutes.info

 

 

Laissez un commentaire, un cadeau vous attend...Chaque jour, commentez les articles que vous lisez sur Acturoutes.info. Donnez votre avis, dénoncez ce qui ne va pas et proposez vos solutions. Sur les articles que vous lisez, cliquez sur J′aime et partager pour les partager avec vos amis et proches en un clic. Pour le reste, regardez dans ACTUROUTES Cadeaux ! ACTUROUTES récompense votre fidélité. Des cadeaux vous attendent...

Lire également: