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Stéphane Knebel: "penser à entretenir les routes demain"

InterviewPublié le 07-03-2013 12h25

M. Stéphane Knebel, Directeur Général de Colas Côte d'Ivoire. Photo N'Guessan N.

Colas. Une signature mondiale de la route. Mercredi 13 février, l’entreprise a organisé à Abidjan ce qu’elle appelle « la Journée technique Colas 2013 ». A Acturoutes, le directeur général pour la Côte d’Ivoire a parlé de son « expertise » et présenté l’enjeu du rendez-vous. « Il va falloir penser en amont à comment on va entretenir les routes demain », dit-il.

Monsieur le Directeur, pouvez-vous nous dire quelle est la situation de COLAS aujourd’hui ?
Je suis ravi de recevoir une institution comme Acturoutes, vu le travail remarquable qu’elle fait. Je suis donc ravi de cette occasion pour échanger. COLAS, aujourd’hui est dans cette recherche d’activités pour l’embellissement des infrastructures de la Côte d’Ivoire, sachant qu’il y a beaucoup de travaux et de projets annoncés. On est dans une phase de développement et de reprise d’affaires.

COLAS existe depuis de très nombreuses années. Quelle a été votre part dans le développement des infrastructures routières en Côte d’Ivoire?   
Depuis de nombreuses années, COLAS officie sur le territoire ivoirien. La création de la société remonte à 1961. Date historique pour nous, car c’est l’une des premières filiales du groupe COLAS  créée hors des bases françaises. Stratégiquement, c’est un point d’ancrage très important pour notre société. Pendant de nombreuses années, la filiale est restée la direction générale de la sous-région de l’Afrique de l’ouest et du central. Suite aux problématiques que nous connaissons tous, cette structure a maigri de manière un peu forcée. Aujourd’hui,  on repart sur une espérance de redéveloppement et d’accompagnement pour recréer les infrastructures de la Côte d’Ivoire émergente, comme le souhaite le président de la république (Ndlr : Alassane Ouattara), à l’horizon 2020. L’adage de COLAS, vous le savez, c’est « la route avance ». On va essayer de la faire avancer avec l’Etat ivoirien. Et on espère que le développement de la Côte d’Ivoire passera par le développement de la route.

Vous parlez d’embellissement. Construisez-vous la route ou intervenez-vous seulement lorsque la route est construite ?
La société COLAS peut intervenir de différentes manières. C’est-à-dire très en amont (on va parler de préfinancement de projets), la construction, l’exploitation et l’entretien de l’infrastructure. Notre métier de base, c’est la construction, la  réalisation d’infrastructures de transports. Quelles qu’elles soient : routes, ports, aéroports…Tout ce qui est transport de fluide. Nous faisons également du génie civil.  On a donc une activité assez complète qui nous permet de répondre sur des projets intégraux ou intégrés afin d’avoir une compétitivité total. On intervient donc à tous les stades. Embellissement, ce n’est peut-être pas le mot juste. Quand je parle d’embellissement, c’est pour redonner de la vigueur à ce réseau qui apparait aujourd’hui très déficie

Quels sont les chantiers sur lesquels vous êtes présentement ?
Nous participons de façon indirecte au 3e pont, d’autant plus que nous avons une certaine expertise. Nous restons le leader mondial de la route. Nous apportons une expertise sur certains ouvrages. Aujourd’hui, nous sommes aussi sur des axes de réponses d’appels d’offres institutionnels,  qui sortent au fur et à mesure. Et on espère que dans les semaines à venir, cela va se concrétiser.  

Qu’est-ce qui explique la baisse d’activité que vous avez connue ?
Historiquement, l’implantation de COLAS a toujours a été très forte en Côté d’Ivoire. Nous sommes restés avec des travaux effectifs jusqu’en 2005. Au-delà de cette date, l’état sécuritaire du pays n’a pas permis de poursuivre ces grandes infrastructures. Peu de grandes infrastructures ont été développées pendant ces années-là. Il y a donc eu une baisse d’activités. Cette baisse s’est traduite par moins de chantiers, moins d’engins, moins de personnels. Aujourd’hui, on repart sur des bases beaucoup plus importantes. Nous avons fait le pari de l’avenir. Nous sommes revenus massivement sur le territoire depuis 2011. On investit beaucoup d’argent dans nos industries. Vous pouvez le voir sur le tracé nord en allant à Yamoussoukro, au PK 22, où nous avons rouvert une base. C’est notre base d’appui avec une centrale à béton, un poste enrobé, et tout ce qui va avec. C’est notre base arrière pour le futur.

Le 13 février, vous organisez la Journée Technique COLAS 2013. De quoi s’agit-il ?
Je suis ravi d’organiser cette journée-là. Je ne l’organise pas seul. Je suis avec des collaborateurs ivoiriens qui ont une forte connaissance du territoire et qui nous permettent d’avoir une connaissance parfaite des infrastructures et de leur état. Ça, c’est le point zéro de la réflexion de cette journée-là. Suite à cette réflexion, il y a eu la demande de beaucoup de bailleurs, et de bureaux techniques, disant que les techniques routières en Côte d’Ivoire doivent évoluer.  On s’est dit qu’on avait quand même une expertise dans la valeur ajoutée, dans la plus value routière. Cette valeur ajoutée est très peu développée en Côte d’Ivoire et dans toute l’Afrique de l’ouest. On réalise des travaux d’exception, des techniques nouvelles sur d’autres territoires, qui permettent d’augmenter la compétitivité des collectivités, c’est-à-dire des coûts d’infrastructures moins onéreuse et intelligente et en plus, faire participer à un développement plus responsables, avec moins de gaz à effet de serre, moins de CO2, moins de pollution. C’est un triptyque gagnant qui nous permet de présenter ces différents produits en faisant le bilan de l’actif routier actuel en Côte d’Ivoire. Présenter les techniques qu’on a pu développer pendant une trentaine d’années, chez COLAS, parce que nous sommes connus comme une entreprise innovante. C’est d’ailleurs l’une de nos forces. Notre recherche de développement est très puissante et on y accorde beaucoup d’importance. On a donc sélectionné quelques techniques qui pourraient être adaptées aux infrastructures en Côte d’Ivoire et qui pourraient être mises en place dans le cadre de simples projets, que ce soit des projets privés ou des projets d’Etat. Bien évidement, ces techniques vont nécessiter une grande part de formation de salariés qu’on embauche et ceux qu’on embauchera dans le futur. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à l’Ecole des TP de l’INPHB de Yamoussoukro d’être présente à la formation. J’estime que le développement  responsable est en rapport avec l’environnement, mais c’est aussi le développement humain. Dans ce sens, nous allons accompagner les techniciens supérieurs, les ingénieurs dans ces nouvelles techniques pour qu’elles puissent se développer en Côte d’ivoire.

Ce sera donc une occasion pour trouver des solutions à la dégradation du réseau ivoirien ?
Il y a des solutions, mais pas de solutions miracles. Il faut penser à des solutions pour tirer les infrastructures vers le haut afin qu’on puisse utiliser l’actif routier au lieu de tout casser et refaire. On va utiliser cet actif pour diminuer les couts  de faisabilité des routes. C’est le 1er point. Ensuite, il faut axer la construction du réseau routier avec des matériaux et des modes de construction qui permettront notamment à l’Etat d’entretenir plus aisément des axes routiers et de les retravailler afin qu’on entre dans un cycle vertueux. Si vous êtes dans un cycle que vous le rompez, il va falloir beaucoup d’argent pour le redémarrer. Pour rentrer dans ce cycle vertueux, il va falloir penser en amont comment on va entretenir les routes demain. Dès qu’on a pensé qu’on va entretenir ces routes, on va construire d’une certaine manière, d’un certain mode, les infrastructures. A partir de là, on entre dans un cercle vertueux avec un coût d’entretien moins élevé, donc plus aisé et, demain, les utilisateurs du réseau routier s’y retrouvent.

Le Conseil de ministres vient de constater qu’il y a trop d’accidents. Votre journée va-t-elle aider à trouver des solutions?
Je ne vous cache pas que ce n’est pas l’objet de la Journée Technique COLAS 2013.

C’est une réelle préoccupation.
Il est clair qu’aujourd’hui, l’entretien et l’état du réseau routier sont des facteurs dominants dans les accidents. C’est une évidence. Mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi l’état des véhicules. Les contrôles techniques sur les véhicules doivent permettre d’avoir une flotte de véhicules qui vont emprunter ces infrastructures afin qu’elles puissent rouler correctement. Il y a aussi la formation des conducteurs qui doit être revue. C’est donc un tout. Il n’y a pas que l’infrastructure qui va résoudre cette problématique. Il est évident que quand vous empruntez une route comme l’axe Abengourou-Agnibilékrou et que vous roulez sur une route en terre à 120km/h vous ne pouvez qu’avoir des accidents.  C’est un peu présomptueux de ma part de donner des solutions sur ce thème. Mais, ce qu’on peut dire, en tant que technicien de la route, c’est que réhabiliter rapidement les routes et bien le faire pour le futur est un gage de réussite sur ce point.

La plupart des routes ici  sont construites pour 5 ans en moyenne. Est-ce que cette moyenne est bonne pour un pays comme la Côte d’Ivoire quand on sait que la charge à l’essieu n’est jamais respectée ?
Ça c’est un vrai problème. Le non respect de la charge à l’essieu est un souci qu’on n’observe pas, et pas seulement en Côte d’ Ivoire, mais dans toute la sous-région ouest-africaine. Encore qu’en Côte d’Ivoire, ce n’est pas le pire. J’ai vu d’autres pays où c’était bien pire. Mais ce problème de charge à l’essieu augmente de façon exponentielle l’agressivité sur les routes. Notre technicien calcule ce phénomène chaque jour et se prend parfois la tête en s’écriant que c’est la catastrophe, la route ne peut pas tenir.

Finalement, ça vous décrédibilise, vous qui construisez les routes. Que faut-il faire ?
Evidemment, si la route lâche et qu’elle est mal construite, ça décrédibilise l’entreprise. Mais, nous à COLAS, on a pour habitude d’aller jusqu’au bout des choses et d’assumer nos responsabilités. Si on a mal fait une route, on va la refaire. Si on a bien fait, on le dit. Généralement, il y a très peu de routes réalisées par COLAS en Afrique qui sont en mauvais état. Notre Directeur régional technique peut vos en dire plus. Il est évident qu’il faut une certaine expertise en amont. Ce n’est pas que le constructeur qui fait la route. C’est celui qui l’a déjà pensé, donc l’architecte. Si l’architecte pense mal son bâtiment, -en l’occurrence, la route-, cette route ne pourra pas tenir. C’est pourquoi amener de bonnes techniques et parler de techniques nouvelles entre techniciens sur ce domaine, nous permet de prendre de  bonnes décisions en amont. Encore une fois, on entre dans un cercle vertueux qui nous permettra dans le futur d’avoir moins de désordre sur nos routes. Mais il est évident qu’aujourd’hui, le problème de la charge à l’essieu et de la conception de la route est majeur pour avoir des infrastructures dans le temps.  Vous avez dit aussi qu’on construit les routes pour 5 ans. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en Côte d’Ivoire les routes ont une moyenne d’âge de 20 à 25 ans. On ne construit pas des routes pour 25 ans. C’est pourquoi le réseau routier est aujourd’hui en très mauvais état. Et puis le mode de réalisation des routes comme les revêtements qui ont été appliqués pendant de nombreuses années, avec du sable sans asphalte, sont de moindre mesure dans la classe des matériaux. On ne peut pas attendre de miracle de matériaux qui sont moins nobles que  les matériaux adaptés pour les routes à fort trafic.

A qui vos conclusions seront-elles adressées ?
L’objectif et la vocation de cette réunion, c’est déjà de faire participer tout le monde du BTP en général, et plus précisément du monde routier. Tous les acteurs qui sont intéressés par ces nouvelles techniques. Bien évidemment, tout cela est destiné aussi aux techniciens afin de prendre un peu de recul. On propose nos services pour pouvoir accompagner tous ces développements. Et les conclusions seront surtout données à nos paires techniciens et au ministre des infrastructures économiques qui, j’espère, va nous écouter et sera satisfait de cette journée d’échange qui permettra d’essayer d’apporter quelque chose au parterre de personnes et à nous aussi. Qu’on nous abreuve d’informations et de données ! C’est avec ces informations et ces données  qu’on peut se remettre en cause et qu’on peut préparer l’avenir sur de nouvelles techniques en Côte d’Ivoire.

N’avez-vous pas l’impression que c’est un travail qui aurait pu être déjà fait ?
Je me dis qu’aujourd’hui il y a des priorités, comme il  y en a eu dans les années passées. Aujourd’hui, le président de la république a donné la priorité sur des axes routiers, la refondation du réseau routier qui en soi va mener l’excellence du développement économique du pays parce qu’on va pouvoir transporter du matériau, du café, du cacao, etc. sur les routes. Effectivement, la réflexion de base a besoin d’être menée avant le démarrage des grands travaux. Cela tombe bien puisque les grands travaux n’ont pas encore démarré, en tout cas pas dans l’exécution. Les travaux vont démarrer bientôt, c’est mieux d’en parler maintenant.

Avec ces grands travaux, il y a un marché concurrentiel qui s’ouvre. Comment appréciez-vous l’arrivée de concurrents ?
Ecoutez, tant que la concurrence est saine, elle amène toujours l’excellence. Il faut que cette concurrence soit saine. Il faut que les techniques appliquées soient les mêmes, expliquées et faites de la même manière. La concurrence, nous on n’en a pas peur.  Ça nous permet de nous dépasser aussi, d’aller de l’avant pour obtenir ces marchés.

Quand on voit l’état du réseau routier dégradé à 80%, on ne peut pas s’empêcher de s’interroger sur la responsabilité de cette situation. Ne vous sentez-vous pas responsable, vous qui êtes présents depuis 1961 ?
Aucunement. Je vous réponds très franchement, non. On n’est pas responsable de l’état de la route. On est responsable de ce qu’on exécute pendant les durées de garantie. Ça c’est certain, pour tout ce qui est réseau routier. Je ne rentre pas dans cette recherche de responsabilité. Ce n’est pas mon métier.

Monsieur le Directeur Général.  Quelles sont vos espoirs, vos perspectives en tant que technicien des routes et patron d’entreprise ?
Avec le temps, on a fait le tour de toutes les instituions qui travaillent avec nous sur ce projet. J’ai rencontré des gens formidables qui veulent s y investir. D’ailleurs j’espère que cette journée du 13 février va marquer une réussite parce que des gens vont se déplacer, je n’en doute pas. Des gens intéressés par les nouvelles techniques, des gens qui ont envie d’avancer  avec ce renouveau. Moi, je suis très confiant de voir l’enthousiasme qui est derrière ce projet de développement. Evidemment, si on obtient des marchés, si on arrive à faire de nouvelles routes, on sera très satisfait, puisqu’on est là pour ça. Je constate que l’Etat que ce soit le BNETD, l’AGEROUTE, le FER… les BTP qui accompagnent ce projet, sont très motivés. Ma conclusion, c’est qu’il y a une compétence certaine, des écoles qui forment des ingénieurs comme l’INPHB de Yamoussoukro. On va même créer des partenariats avec ces écoles pour pouvoir accélérer le processus et prendre avec nous des jeunes ingénieurs qui ont 4 à 5 ans d’école, qui n’ont pas beaucoup travaillé. Il faut les mettre au travail et les habituer. Je suis confiant. Ce ne sera pas facile. Il va nous manquer des ressources humaines formées parce que les anciens commencent à partir. Mais il y a une jeunesse qui est derrière, qui pousse et qui a envie.

Entretien réalisé par
Barthélemy KOUAME
barthelek@acturoutes.info
Célestin KOUADIO
c.kouadio@acturoutes.info

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