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4e pont d’Abidjan: les indemnisations payées "dès la semaine prochaine"

ActualitéPublié le 13-09-2018 16h06

M. Ouattara Issa, coordonateur du PTUA, par ailleurs Directeur des ouvrages à l'Ageroute. Photo Acturoutes

La réalisation du pont entre Yopougon et Adjamé, inscrit au Projet des transports urbains à Abidjan (PTUA), suscite de vives appréhensions quant au volet consacré à l’indemnisation des populations impactées. La tension est montée d’un cran récemment à Adjamé-village. Face aux réactions, le coordonateur explique à Acturoutes le plan d’indemnisation. M. Ouattara Issa assure que «les négociations se poursuivent».

Vous êtes le coordonateur du Projet des transports urbains à Abidjan (PTUA). Quelles sont les grandes lignes de ce projet?
Ce projet est né d’un constat au niveau de la ville d’Abidjan. Constat marqué par les congestions au niveau des carrefours, des problèmes de circulation et leur impact sur les conditions de vie des populations. L’Etat de Côte d’Ivoire a demandé à l’Agence de coopération japonaise (JICA) de faire un schéma directeur de la ville d’Abidjan. Ce schéma directeur a également permis de faire un schéma directeur des transports qui a révélé des urgences qui, si elles ne sont pas réalisées, rendraient la ville d’Abidjan invivable. Le dossier a eu gain de cause auprès d’un certain nombre de bailleurs: la BAD, la JICA, et le Fonds de l’environnement mondial (FEM). Les projets qui ont été retenus sont les suivants: le 4e pont devant relier Yopougon et Adjamé, la sortie Ouest d’Abidjan, de Gesco au carrefour de Jacqueville, où on va faire une route de 2X2 voies avec des contre-allées. La sortie Est qui part de la MACA au carrefour Thomasset subira un élargissement en 2X3 voies. A Cocody, on aura le prolongement du boulevard Latrille en 2X3 voies pour atteindre le CHU d’Angré.  Trois échangeurs seront construits sur le boulevard Mitterrand. A cela s’ajoute la future voie de contournement Y4 qui part depuis le rond-point de la Palmeraie jusqu’au stade olympique en traversant Anyama. Aujourd’hui toutes les routes d’Abidjan drainent le trafic vers le Plateau. Il n’y a pas de voie de contournement. C’est ce qui est à l’origine des congestions de trafic. Le PTUA touche aussi aux feux tricolores qu’on va réhabiliter en intégralité. Le FEM finance également des projets pour faire d’Abidjan, une ville durable.

Le projet qui fait l’actualité est le 4e pont. Où en sommes-nous? 
Les travaux ont été lancés fin juillet. Mais en matière d’infrastructures de ce type, il y a un distinguo entre le lancement et la phase effective de démarrage. Pour un ouvrage aussi important, la mobilisation des équipements prend énormément de temps. Disons 2 ou 3 mois. Les travaux sont confiés à des entreprises qui ne sont pas installées en Côte d’Ivoire (Ndlr: l’ouvrage est réalisée par le groupe chinois CSCEC). Elles ont besoin de temps pour installer tout le matériel qui vient de l’extérieur et qu’on ne trouve pas facilement en Afrique. Ici, il faut faire venir les équipements de la Chine. C’est au minimum 45 jours. A côté, il faut reprendre toutes les études géotechniques (études de sol). Ces études ont déjà commencé avec le groupe chinois CSCEC. Des études du même type avaient été faites. Mais c’est une question de responsabilité qui nous pousse à demander à l’entreprise de faire elle-même ses études de sol. Pour qu’en cas de catastrophe, elle n’ait pas pour argument que les études de sol ont été mal faites. Actuellement, ces études ont commencé du côté de Santé village (aboutissement Nord du pont). Par ailleurs, l’entreprise doit faire des plans d’exécution (détermination de la quantité des matériaux et leurs agencements), à côté des plans-guides ou avant-projet détaillé (APD) qui ont été fournis par nous. Cette phase prend un minimum de 2 mois. Pour ces plans, l’entreprise doit faire des devis topo. Bien que l’espace ne soit pas libéré, la CSCEC a fait ces relevés topo. Aujourd’hui, ils sont sur les plans d’exécution.

Donc les travaux avancent…
Pour l’heure, quand je regarde le matériel, je peux dire que je suis un homme heureux. Parce que non seulement, c’est du bon matériel mais aussi l’entreprise apporte des quantités au-delà de ce qui est exigé dans l’appel d’offres.  Pour les machines de forages, nous avons demandé deux, ils en apportent six. Ce qui laisse espérer que le rythme des travaux sera accéléré.

Ce projet prévoit une indemnisation des populations impactées. Combien de personnes sont concernées? Qu’est-ce qui est prévu pour elles?
Aujourd’hui (Ndlr: l’entretien a été réalisé mercredi 12 septembre) nous sommes à 14 472 personnes identifiées sur l’ensemble de l’emprise (Yopougon, Adjamé et Attecoubé) et qui doivent être indemnisées. A Yopougon, l’emprise, est de 120m. A Adjamé, on a 40m, au regard des contraintes d’espace et des impacts. Un expert immobilier assermenté évalue les maisons concernées. Les loyers payés par les locataires sont aussi renseignés. Pour les commerçants, on cherche des documents fiscaux et la valeur des impôts qu’ils payent, leurs chiffres d’affaires etc. Tous ces éléments sont élaborés et mis à la disposition de l’Etat dans un dossier dit «Plan d’action et de réinstallation». Ce document est ensuite envoyé chez le bailleur de fonds. Le dédommagement se fait selon des directives du bailleur de fonds qui valide. Ici, le bailleur a dit qu’avant de commencer les travaux sur le chantier, il faut que les populations aient été indemnisées. Après l’actualisation de la liste, sur les 14 mille personnes recensées, il y a 6 mille qui ont signé les PV pour dire qu’elles sont d’accord avec le montant proposé pour leur indemnisation. Chose intéressante, c’est qu’on a une cadence de 1000 personnes par semaine, qui viennent exprimer leur OK pour le plan d’indemnisation. Nous sommes débordés, surtout au niveau de Yopougon. Je profite pour tirer mon chapeau à la population de cette commune.

Quel est le montant de l’enveloppe prévue pour les indemnisations?
Ce sont 30 milliards de FCFA qui sont prévus pour l’indemnisation. Aujourd’hui, on a de l’argent mis dans un compte privé, essentiellement dédié au projet. Ce sont des questions administratives qui font trainer les choses. Mais au regard de ce que j’ai comme document, on doit pouvoir finaliser cette semaine et entamer les paiements la semaine prochaine.

Cette cadence accélérée au dernier moment montre qu’il y a eu blocage quelque part…
Non. C’est la stratégie que nous avons adoptée. L’ouvrage comprend un pont et des voies annexes. Mais dans le planning, la construction du pont prend plus de temps que pour les voies annexes. Donc, nous nous sommes dit que la première partie à libérer est la zone de Boribana (façade lagunaire dans la commune d’Attecoubé). Ce qui fait que depuis le début, en 2016, nous nous sommes concentrés sur Boribana qui est une zone directement impactée. C’est après le lancement officiel des travaux que nous sommés allés à Yopougon et à Adjamé.

Quel est le bilan à Boribana?
Jusqu’hier, il y avait 20 personnes encore réticentes sur l’emprise du projet à Boribana. Mais certaines d’entre elles avaient fait le déplacement hier pour être auditionnées. Un travail a été fait. On peut ne pas être d’accord. Mais si on se rapproche, on peut toujours trouver une solution, rien n’est figé. Tout est négociable. J’ai de la peine de voir ces populations qui ont vécu durant des années sur ces sites. Quand vous avez une maison dans cette zone d’utilité publique et que vous pensez que votre maison vaut 35 millions  de FCFA, alors que nous l’avons estimée à 5 millions avec des coefficients pour vous accompagner, vous voyez que la marge est grande. Mais je dis toujours que dans la discussion, nous arriverons à nous comprendre. 

A Adjamé, les populations ont protesté récemment contre le projet. Elles vous reprochent deux choses. La première est que des ouvriers chinois ont entamé des marquages et qu’une liste de personnes à indemniser a été affichée à la mairie, sans qu’un plan d’indemnisation leur soit proposé.   
Je conçois que cette opération soit difficile. Mais on a obligation d’informer les populations. On a informé les populations à Yopougon et à Attecoubé. On l’a aussi fait à Adjamé, sauf que cela s’est fait à la mairie, alors qu’on aurait dû le faire dans les sous-quartiers, en l’occurrence Adjamé-village et Dallas. On a expliqué comment tout va se passer. Ce sont les populations elles-mêmes qui ont exigé qu’on affiche les noms des personnes à indemniser. Elles se plaignaient qu’on l’ait fait à Yopougon et à Attecoubé sans que ce soit le cas à Adjamé. Connaissant le contexte à Adjamé, on voulait aller à petits pas. Effectivement, on devait prendre le temps d’avoir un dialogue avec le village. Je pense que ce dialogue va se faire. Personnellement, j’ai déjà rencontré la chefferie du village. On va toujours continuer dans cette dynamique là pour trouver une solution.

Les villageois affirment aussi que vous refusez l’idée d’une voie de contournement qui éviterait qu’on touche le village.
Notre objectif n’est pas de détruire ce village. Ce village a trop donné pour la Côte d’Ivoire. Tout Adjamé, que ce soit le GSPM, le camp Galliéni ou le Zoo etc… Tous ces espaces appartenaient au village. Ce village a une histoire. Et l’objectif n’est pas de le détruire. Sur ce point, il faut qu’ils soient rassurés. Il y a eu une rencontre avec le ministre de l’entretien routier lundi. Les discussions continuent et je pense que le problème est en train de se résoudre.

Pourrait-on aboutir à un contournement du village?
Les discussions continuent. C’est vraiment ce que je peux dire sur la question. On verra comment prendre les spécificités des zones traversées surtout de ce village en vue de trouver un terrain d’entente. Quand vous discutez, il faut le faire en toute sincérité. Ces personnes sont attachées à leur village, c’est tout ce qui leur reste. Nous en sommes conscients. Nous allons continuer les discussions.

A Yopougon, vous avez insisté pour que les populations quittent l’emprise avant la rentrée scolaire. Mais rien n’a véritablement bougé. Qu’est-ce qui va se passer pour la scolarité des enfants?
J’ai toujours exhorté les populations à trouver des possibilités d’inscription de leurs enfants ailleurs. Malheureusement, on a été rattrapé par l’année scolaire. Nous avons approché du ministère de l’éducation pour voir comment ensemble on peut trouver solution à ce problème. J’ai souhaité que ces enfants soient prioritaires dans les inscriptions au sein des écoles où ils seront délocalisés. Quelle que soit l’école qui sera à proximité du nouveau lieu d’habitation, il faut que l’Etat permette à ces enfants de s’y inscrire. Même s’il n’y a plus de place. C’est ainsi que ça va se faire.

Quand on analyse l’attitude des populations, n’avez-vous pas l'impression qu’elles ne mesurent pas l’enjeu des différents projets?
Je vous cite une anecdote. Il m’a été rapporté que des populations se livraient à des immolations d’animaux et d’autres rituels, afin que le projet ne soit jamais exécuté. En réalité, elles n’y croyaient pas. A un moment donné, bien que le bureau d’étude soit passé pour identifier les personnes impactées, peu ’y croyaient. Il y a eu beaucoup de projets initiés à l’époque. Cet espace a été réservé depuis les années 70, tout de même. Il a fallu qu’on interpelle les occupants et qu’on les mette en garde, plans et promesses de financement à l’appui. Mais à côté des pessimistes, il y a une frange qui a manifesté son adhésion au projet. Il faut dire que cela va restructurer la circulation au niveau de Yopougon et permettre de soutenir la zone industrielle à Akoupé Zeudji. Quand vous quittez le Plateau à partir d’une certaine heure, vous ne pouvez plus atteindre Yopougon, à cause des embouteillages. Au minimum, ce sont 100 mille véhicules qui transitent quotidiennement sur ce tronçon. C’est énorme. La voie express ne peut plus le supporter. Il faut une alternative, c’est ce grand projet du 4e pont. Je veux dire aux populations, que ce n’est pas de gaieté de cœur que nous leur imposons ces mesures, mais nous pensons que c’est vraiment nécessaire. Il faut qu’on passe par là, sinon, à un moment donné, toute l’économie de la zone sera bloquée. De notre côté nous faisons de ce projet un projet de développement.  Il ne s’agit pas seulement de leur remettre de l’argent. Nous voulons éviter que les personnes qui sont impactées, quittent les lieux et se retrouvent dans une certaine précarité. Vous voyez des personnes qui louent des maisons à 5 000 FCFA. Si on leur exige une caution de 4 mois, cela revient à 20 000 FCFA. Si vous vous contentez de lui donner 20 000, vous lui créez plus de problèmes. Donc l’Etat a décidé que ceux qui sont dans cette situation reçoivent 180 000 et 50 000 FCFA en plus pour les frais de déménagement etc.  Au total, ils reçoivent 230 000 FCFA.

Dans d’autres cas, l’Etat a dédommagé les populations avec des terrains. N’est-ce pas le cas ici?
Si vous n’êtes pas un propriétaire d’une maison au départ, vous ne pouvez pas devenir propriétaire dans le processus de déguerpissement. C’est une question de parallélisme de forme. Si vous êtes un propriétaire résident, on discute. Au cas où vous êtes dans une maison de 2 pièces, on va dupliquer la maison sur une autre parcelle. Vous choisissez alors entre la maison qui vous sera construite et l’équivalent en espèces. C’est ce qui a été fait pour le 3e pont. A ceux qui ont refusé l’argent en espèce, on leur a construit des maisons fournies en eau et en électricité. Quand vous êtes un propriétaire non résident, on fait une indemnisation en bonne et due forme. C’est-à-dire qu’on fait une évaluation de votre maison et on vous paie. Vu que vous n’êtes pas résident, il n’y a aucun risque que vous dormiez dehors.

Le PTUA est financé par la coopération japonaise. Va-t-on reproduire à Abidjan une ville sur le modèle japonais? 
Ce n’est pas l’exemple du Japon qu’on veut reproduire. C’est plutôt les ressources et l’expertise que nous prenons du Japon. C’est la JICA qui finance le projet en vue d’aider l’Etat ivoirien qui a exprimé un besoin vu qu’Abidjan commençait à être étouffé par le schéma mis en place. La BAD a vu que c’était un projet majeur. La JICA également. C’est elle qui finance d’ailleurs les trois échangeurs sur le boulevard Mitterrand. Le reste est financé par la BAD. Le FEM s’est intéressé aux études à mener pour préserver l’environnement.

C’est donc la solution mise en place pour corriger les erreurs du plan directeur d’Abidjan? 
Je dirais plutôt qu’il rattrape l’absence d’investissement. Vous constatez que les grandes voies qui ont été réalisées par le Chef d’Etat d’alors, Houphouët-Boigny, sont aujourd’hui pratiquement dépassées. Il n’y a pas eu d’autres grandes voies depuis le décès du Président, à part le boulevard de France redressé et la voie qui mène au CHU d’Angré. Vraiment, ce projet vient à point nommé puisqu’il permet de trouver une solution à ces problèmes.

Entretien réalisé par 
Célestin KOUADIO
c.kouadio@acturoutes.info

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