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L’édito

Pourquoi Achi doit user de sang froid pour les questions du métro et des frontières terrestres

Publié le: mer. 17/11/2021, 15:48

Les déguerpis des emprises du métro sont en colère et ils l’ont fait savoir il y a quelques jours. Cela intervient après la conférence de presse du premier ministre Patrick Achi

Le premier ministre ivoirien, le 8 novembre, lors de sa première conférence de presse.

Les déguerpis des emprises du métro sont en colère et ils l’ont fait savoir il y a quelques jours. Cela intervient après la conférence de presse du premier ministre Patrick Achi qui, selon eux, est « mal renseigné » sur le dossier et cela nous amène à revenir sur la sortie du 8 novembre 2021.


Le 8 novembre, la conférence de presse du premier ministre (la toute première depuis sa nomination) devait porter sur l’action gouvernementale. Inimaginable donc de ne pas aborder le projet du métro d’Abidjan, grand projet structurant qui a déjà vu passer trois premier ministres, avant Patrick Achi.


Si le projet, ses enjeux et ses objectifs sont connus dans l’ensemble depuis plus de 8 ans, il y a des caractéristiques particulières qui ont certainement évolué et cela est tout à fait normal. Quand la question (à deux volets) a été posée au premier ministre Patrick Achi, c’était donc pour recueillir les données actualisées. Mais le premier ministre était trop préparé ou pas suffisamment préparé. De sorte que ses réponses ont été une sortie de route…


On lui a demandé tout simplement « le coût actualisé » et « les nouveaux délais » du projet. Sur le coût, il a fait un très long développement sans jamais révéler le prix (ancien ou actuel) du métro. Il aurait pu dire que le coût final est en cours d’estimation, s’il n’est pas sûr de divulguer le bon montant. On aurait compris. Quant aux nouveaux délais, le manque de sang froid visible l’a conduit à oublier la question. Dans un premier temps.


En effet, pour répondre à ces questions, le premier ministre a tout de suite affiché son étonnement. « On revient régulièrement sur la question du prix du métro. Les gens font des comparaisons qui ne sont pas des comparaisons. Dire que c’est trop cher, c’est une suspicion illégitime vis-à-vis de l’administration…Cher, pas cher, par rapport à quoi ? », a-t-il interrogé à son tour. Comme on peut le voir, les propos de M. Achi ne correspondent pas à la question qui lui a été posée, qui était de savoir « combien coûte le métro aujourd’hui ». Personne ne lui a dit (ce jour là) que le prix du métro était trop cher et aucune comparaison avec un autre projet similaire n’a été faite.


De deux choses, l’une : soit, le chef du gouvernement et ses conseillers ont tellement bien préparé la conférence qu’ils ont parfaitement anticipé sur les questions des journalistes, sauf que la question n’a pas été exactement celle qui était attendue ; soit, le premier ministre n’a pas bien préparé la rencontre, au point qu’il a improvisé…juste en se rappelant les critiques déjà entendues ça et là sur le projet du métro. Aussi, a-t-il été tout simplement mal inspiré, surtout quand on l’a entendu dire, à deux reprises au moins, « mon ministre des infrastructures » alors que le poste n’existe pas dans son gouvernement.


Cliquez ici pour revoir et écouter les réponses du premier ministre sur le métro d'Abidjan.


« Question économique… »


Patrick Achi qui, avec son équipe, avait pris soin de repartir les interventions en quatre thématiques, plaçant l’économie comme premier sujet, aurait usé de sang froid qu’il aurait donné les meilleures réponses. D’ailleurs, certainement après en avoir pris conscience lui-même, il a profité de la réponse à une autre question pour livrer une donnée actualisée sur les délais de livraison du métro. En mentionnant qu’il venait de se souvenir de la question. C’est ainsi qu’il a affirmé que tout est mis en œuvre pour que la première rame puisse circuler en 2025.


Le sang froid lui a totalement manqué sur la question des frontières terrestres. Avant même de répondre à la première série des questions de la conférence, il a déclaré avec autorité et sans appel que « les frontières, ce n’est pas une question économique » et que par conséquent, il n’allait pas y répondre. C’est ce qu’il fit. Même après la relance d’un 2e journaliste, dans un autre chapitre de la conférence.


Pourtant les frontières, c’est bien une question économique, même si cette question est présente dans d’autres domaines comme la sécurité et la politique. Les frontières terrestres, théoriquement fermées depuis mars 2020 dans le cadre des mesures contre la pandémie de Covid-19 font l’objet de plusieurs réunions qui intègrent effectivement le volet économique.


Le 1er octobre dernier, la chaine de télévision international France 24 a publié un reportage sur la ville de Noé, qui selon ses reporters, « se meurt » (économiquement) du fait de la fermeture prolongée des frontières. « En ce moment, ce n'est pas bon, on ne gagne plus d'argent », a justement témoigné Kassoum, un conducteur de moto taxi. « Magasins fermés, rues désertes, cars de transport et camions de marchandise immobilisés: un silence de cathédrale plane sur le poste-frontière de cette ville à 170 km à l'est d'Abidjan », a noté pour sa part France 24.


Le 28 septembre déjà, les ministres des transports de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) se sont réunis avec leurs homologues de la santé et de la sécurité. Objectif : relancer l’économie de la zone, affectée par la fermeture. Pour l’économiste Honoré Mondomobé, dont les propos ont été recueillis par la chaine panafricaine de télévision Africa 24, « la fermeture des frontières terrestres a réduit l’intégration de la zone UEMOA et a réduit l’interconnexion douanière dans son efficacité et dans sa compétitivité ». « Il est vrai que la fermeture des frontières terrestres avait pour but de protéger les populations contre la pandémie mais cette fermeture a entravé l’intégration régionale et le transit douanier du fait des procédures qui y sont associées », commente-t-il.


La tâche d’un premier ministre n’est pas de tout repos. C’est un fait. C’est pourquoi, Patrick Achi, brillant intellectuel ne doit pas y aller dans la précipitation. La bonne note, c’est qu’il a fini par reconnaître qu’il a été aussi « trop rapide », voire trop fort, comme un véhicule en excès de vitesse. Dans le débit de la parole. De sorte qu’il est apparu très essoufflé à la fin de l’exercice.


L’Editorial de

Barthélemy KOUAME

kouamebarthelemy23@gmail.com

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