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Côte d’Ivoire

Le retour vers un passé glorieux de l’automobile

Publié le: sam. 15/01/2022, 00:56

La Côte d’Ivoire débute bien l’année 2022. Le 10 janvier, des dizaines de minibus sont sortis de son industrie. « Une première fois », s’exclament certains. Un rattrapage, selon l’histoire.

Un des 60 véhicules fabriqués en Côte d'Ivoire par SOTRA Industrie. Ph. Autre

« C’est la première fois que des véhicules produits ici seront estampillés "Made In Côte d’Ivoire". Cette cérémonie d’inauguration de l’usine d’assemblage Iveco Daily Ivoire témoigne de l’aboutissement d’une décennie d’efforts de tout un pays sous le leadership du Président de la République pour rebâtir une nation et reconstruire les outils nécessaires à son développement en termes d’infrastructures, de compétences, de financement, de production et d’ambition », a dit le premier ministre Patrick Achi.

 

Les propos du Chef du gouvernement ont l’honnêteté de nuancer la communication gouvernementale tendant à faire croire que la Côte d’Ivoire produit ainsi ses tout premiers véhicules. En effet, à en croire Patrick Achi, la Côte d’Ivoire n’est pas à sa première fois en tant que constructeur. Mais c’est « la première fois » qu’il sera marqué sur les véhicules fabriqués en Côte d’Ivoire « made in Côte d’Ivoire ».


Mais la polémique est là, alimentée par les positions politiques.

 

La vérité historique, c’est que les 60 premiers minibus sortis le 10 janvier des ateliers de SOTRA industrie arrivent comme une nouvelle étape dans la maturité de l’industrie automobile en Côte d’Ivoire. C’est à la fois une avancée, mais c’est d’abord un rattrapage. Le pays a donc le mérite de reprendre sa marche là où il l’a arrêtée. Ne pas reconnaître qu’on ne part pas de zéro, c’est prendre le risque d’un éternel recommencement dans un domaine où les archives et les avancées antérieures servent à bâtir le futur.

 

Une voiture construite dès les années 1970

 

En 1977 déjà, soit 17 ans après l’indépendance, M. De Brisis, un ingénieur domicilié à Marcory, a présenté une voiture qu’il a construite de ses mains. Une voiture baptisée « Jeep Bandama » dans un premier temps, puis « Jeep Renault Bandama » qui finira par être rachetée par le constructeur Renault qui en a décelé une véritable ingéniosité.

 

La « Renault Bandama », tel que décrite par le magazine de l’époque, Ivoire Dimanche, était un mélange de Jeep et de Renault 4. Le projet était de la reproduire à grande échelle, puisque selon notre confrère dont nous avons consulté l’article, la voiture était solide et adaptée aux routes africaines. Pourquoi le projet n’a pas connu le succès qui aurait fait de la Côte d’Ivoire un pays référence en matière d’industrie automobile ? Pourquoi n’a-t-on pas pu produire en série et estampiller le modèle « made in Ivory Caost » comme c’était prévu ? On n’en sait pas plus.

 

On sait toutefois que les grandes firmes mondialement connues comme Renault et Toyota n’ont pas manqué de projet dans ce sens depuis l’indépendance en 1960. Le grand handicap d’un pays comme la Côte d’Ivoire, c’est le manque de documentation dans le temps pour reconstituer l’évolution d’une filière comme l’automobile. On a l’impression qu’on navigue à vue, de sorte que chaque fois qu’on va réaliser quelque chose, ce sera « la première fois ».

 

Difficile en effet de savoir aujourd’hui ce que faisaient les ateliers Renault dont certains ont donné leur nom pour la géolocalisation à Abidjan. Le 10 janvier dernier, le ministre de l’industrie aurait dû raconter le long cheminement de l’industrie automobile en Côte d’Ivoire. Avant même de parler des ambitions. Il y a forcément un passé glorieux qui peut et va nourrir l’avenir.

 

Rappeler notamment que le 04 novembre 2009, soit 13 ans plus tôt, 10 autobus sont sortis des mêmes ateliers de SOTRA industrie à Koumassi n’aurait fait que grandir l’industrie ivoirienne en général et particulièrement la SOTRA, entreprise qui compte d’ailleurs plusieurs décennies d’existence. Ces autobus-là, ceux de 2009, avaient d’ailleurs été conçus pour la SOGATRA, l’homologue de la SOTRA au Gabon. Alors que les minibus présentés dernièrement sont destinés au marché local. Il aurait certainement déçu l’actuel directeur général de la SOTRA, pour qui « nous ne sommes pas encore au stade de la fabrication des autobus ».

 

Mais les faits sont définitivement gravés dans l’histoire. Le potentiel en matière de construction, la SOTRA en a et elle l’a déjà prouvé à différentes époques. Par exemple, en juin 2003, la société a présenté « le Moossou », « un bateau entièrement fabriqué en Côte d’Ivoire », selon le quotidien Fraternité Matin. Le paradoxe, c’est que la SOTRA compte aujourd’hui très peu de bateau-bus, allant jusqu’à se faire supplanter par des privés nés il y a seulement quelques années.

 

Demain, peut-être, quand on fabriquera à nouveau des bateaux-bus pour étoffer la flotte de la SOTRA, on dira que c’est la première fois…

 

L’Éditorial de

Barthélemy KOUAME

barthelek@acturoutes.info

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